Un panama, c’est le «prince des chapeaux». Le nom est trompeur: le couvre-chef n’est pas fabriqué au Panama, mais en Equateur, avec les fibres d’un palmier rare. Et comment le panama a-t-il conquis le monde? Retour sur l’histoire. Lors de l’invasion espagnole, certains Indiens incas portaient déjà des drôles de chapeaux de paille en forme d’ailes de chauve-souris. Les Espagnols réclamèrent d’autres modèles. Les Indiens confectionnèrent des «sombreros de paja toquilla», chapeaux d’une paille que les Espagnols baptisèrent «toquilla». Quand ils ont vu arriver les premiers spécimens, les Américains du XVIIIe siècle ont cru qu’il s’agissait des coques des fruits d’un arbre appelé «Paja toquilla». Il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour que le panama s’exporte par milliers. Tout commence avec les chercheurs d’or qui se ruent sur la Californie. Beaucoup passent par Panama. Et là, dans les entrepôts pleins de fruits, de minéraux et de tissus, ils dénichent des chapeaux de paille efficaces pour se protéger du soleil tout en laissant passer l’air. A ceux qui leur demandent où ils les ont trouvés, les aventuriers répondent: «Chapeau de Panama». Le malentendu se renforcera à l’arrivée des 60 000 ouvriers qui creusent le canal de Panama, coiffés du même chapeau de paille. Dès 1930, les gens du monde prennent goût au panama. Il devient signe d’élégance. Le prix du chapeau manufacturé en Equateur ne cesse de grimper. Mais le salaire des tresseurs de Montecristi et des marchands de paille des villages stagne, aujourd’hui encore.